Le défi de l’ingénierie géotechnique face à la généralisation des modèles numériques

Conférence Solscope 2017 par Fahd Cuira

Cette conférence a été présentée par Fahd Cuira lors de l'édition Solscope à Lyon en juin 2017, lors de la matinée consacrée au thème "Géotechnique et transition numérique". Elle a porté sur les points suivants, largement illustrés par des cas d'études sur des projets réels :

  • Apports des modèles numériques dans l’identification desmécanismes de ruine et d’interaction
  • Choix des paramètres : la question des modules
  • Les couplages hydro-mécaniques
  • Quels modèles pour l’avenir ?

F. Cuira conclut en citant les défis du géotechnicien aujourd'hui dans ce domaine :

  • Garantir une continuité avec les approches semi-empiriques =>améliorer état de la pratique en matière de choix de paramètres (ex. PN ARSCOP)
  • Faire parler les modèles au-delà des données d’entrée : études de sensibilité / notion de diagramme d’interaction
  • Opportunité des modèles « hybrides » : perfectionnement (dans la continuité) des approches de dimensionnement usuelles

Le support de la conférence dans son intégralité est disponible ici.

Interaction sol-fondation : 10 ans de développements scientifiques

(Parution Lettre Terrasol Juin 2016)

Nous avons mené ces dernières années de nombreuses actions scientifiques notamment sur la question de l’interaction sol-fondation. Ces développements, tous motivés par des problématiques concrètes rencontrées au fil des études géotechniques que nous traitons au quotidien, se sont concrétisés par des outils de calcul nouveaux intégrés progressivement à la suite logicielle Foxta. En voici un rapide bilan.

Le développement du module Tasplaq a constitué un grand pas en avant dans la modélisation des radiers et dallages en offrant une méthode de calcul pratique qui s’affranchit de la représentation de type « dalle sur ressorts » tout en évitant le recours à des traitements complets en éléments finis 3D. La méthode s’est révélée efficace dans de nombreux projets d’envergure (Tours de la Défense, EPR UK, …) et a bénéficié de plusieurs évolutions récentes comme le traitement d’un multicouche non horizontal ou la prise en compte des effets de déchargement/rechargement.

Les enseignements du projet ASIRI ont nourri le module Taspie+ qui traite de manière simplifiée les interactions complexes mises en jeu dans un massif renforcé par inclusions rigides. La puissance de la méthode développée réside dans sa capacité à prendre en compte
les effets de rigidité relative sol/inclusion dans la modélisation des mécanismes de transfert de charges. La dernière évolution du module permet d’intégrer les effets de bord dans le cas
d’un nombre limité d’inclusions.

La généralisation des modèles « t-z » et « p-y » telle qu’implémentée dans les modules Taspie+ et Piecoef+ apporte une réponse satisfaisante et rigoureuse à la problématique des effets parasites tenant compte de l’interaction solfondation (frottement négatif, poussées latérales, gonflement, …). Un autre aspect « parasite » propre à la justification des micropieux est celui du flambement. La formulation mathématique de Piecoef+ propose une nouvelle approche pour l’estimation directe de la charge critique de flambement, approche qui permet également d’évaluer les effets de 2nd ordre en présence d’une courbure initiale non nulle.

Le nouveau module Groupie+ dédié aux groupes de pieux permet de traiter aisément dans un seul modèle l’équilibre 3D du système pieux/sol/fondation, et ce en tenant compte des non-linéarités liées à la réponse du sol. Les développements se poursuivent avec comme objectif l’introduction de la souplesse de la semelle de liaison ainsi que le traitement des effets d’interaction pieu/sol/pieu.

Le développement récent des fondations géothermiques a motivé celui d’un nouveau module, appelé Thermopie+, et destiné à l’évaluation des sollicitations thermo-mécaniques dans un groupe de pieux géothermiques liaisonnés en tête par un élément de structure de rigidité quelconque. L’approche proposée rend compte des effets d’interaction pieu/structure/pieu, ce que ne permet pas la modélisation classique limitée à un pieu isolé avec simple liaison élastique en tête.

En parallèle, la prise de conscience récente des enjeux liés au risque sismique nous a amenés à travailler sur des méthodes d’analyse complémentaires permettant de rendre compte pleinement du caractère dynamique des sollicitations sismiques. Ainsi, nous sommes actuellement mobilisés sur les sujets suivants :

  • Pieux sous séisme : la réponse sismique d’une fondation sur pieux nécessite en toute rigueur de tenir compte des effets (dynamiques) d’interaction pieu/sol/pieu, ce qui est implicitement ignoré dans les analyses « pseudo-statiques » usuelles. Cela a motivé l’initiation début 2016 d’une thèse CIFRE en collaboration avec AP Consultants, l’ECN et l’IFSTTAR Nantes, qui vise à développer un « Macro-élément » apte à représenter la réponse non linéaire d’un groupe de pieux sous séisme tenant compte des effets fréquentiels.
  • Inclusions rigides sous séisme : au-delà du calcul des sollicitations internes sous effets inertiels et cinématiques, la justification parasismique d’une fondation sur inclusions rigides passe par une évaluation des déplacements irréversibles liés à l’effet « fusible » joué par le matelas. Le développement et l’évaluation pratique d’un modèle de type « Newmark généralisé » intégrant les effets d’interaction sol-structure ont été menés dans le cadre d’un partenariat R&D actuellement en cours avec Hyundai Engineering & Construction.

F. Cuira

Conception parasismique des ouvrages de soutènement

Calcul à la rupture (Parution Lettre Terrasol Juin 2016)

La méthode cinématique du calcul à la rupture telle qu’implémentée dans Talren permet d’évaluer les diagrammes de poussée/butée « dynamiques » à considérer pour la justification parasismique des ouvrages de soutènement. Cela permet d’aller bien au-delà du domaine de validité des modèles analytiques usuels tels que celui de Mononobe-Okabe étendu au cas d’un sol cohérent (Okabe, 1924).

Le tableau ci-contre présente le résultat d’une comparaison menée pour un mur soutenant un terrain homogène soumis à un séisme caractérisé par kh = ah/g = 0,3 et kv = 0 : le modèle de Mononobe-Okabe conduit à des résultats strictement identiques à ceux d’un calcul à la rupture restreint à des cinématiques planes (θmax = 0), ce qui correspond à l’hypothèse implicitement introduite dans le problème de Coulomb duquel est dérivé le modèle de Mononobe-Okabe. Une telle hypothèse conduit en revanche à des résultats exagérément optimistes lorsque le terme de cohésion devient prédominant, avec une sous-estimation de la poussée dynamique de plus de 20% par rapport à un modèle plus élaboré explorant des cinématiques en arcs de spirale.

Ce constat est corroboré par l’exemple de la figure ci-contre où l’on s’intéresse à la poussée dynamique à l’arrière d’un mur soutenant un terrain hétérogène. La mise en oeuvre du calcul à la rupture avec des mécanismes en arcs de spirale conduit à une poussée dynamique résultante de l’ordre de 980 kN/ml, une valeur 1,50 fois supérieure à celle issue d’un calcul restreint à des cinématiques planes
(660 kN/ml).

F. Cuira

Logiciel K-Réa : développements en cours et nouvelles fonctionnalités

(parution Lettre Terrasol - Juin 2015)

Nous venons de mettre au point un nouveau moteur de calcul pour le logiciel K-Réa, moteur
dont l’intégration est prévue dans la version commercialisée de K-Réa en début d’automne
2015. Basé sur une formulation entièrement matricielle, ce nouveau moteur permet d’étendre
considérablement les possibilités offertes par le logiciel K-Réa pour le dimensionnement des
projets de soutènement. Parmi les principales nouveautés, on peut relever :

  • Traitement automatisé des effets de talus et risbermes par la méthode cinématique du calcul à la rupture (figure ci-contre).
  • Traitement direct et sans itérations des projets de double-rideaux, et ce, sans limite sur le nombre de liaisons.
  • Généralisation des conditions initiales avec notamment la possi bilité de définir un historique de chargement antérieur à la réalisation de l’écran de soutènement.
  • Perfectionnement des conditions d’ancrage : ancrages surfaciques ou ponctuels, élasto-plastiques (plafonnement de la réaction d’ancrage), généralisation des actions de « fluage » et de « pré-contrainte » à tous les types d’ancrage y compris les ancrages de liaison.
  • Traitement automatisé des combinaisons de charges sur le terrain et l’écran (indispensable pour les projets portuaires par exemple).
  • Gradient hydraulique : possibilité de définir un profil point par point (z, u) de chaque côté de l’écran.
  • Calcul aux états limites ultimes : prise en compte des approches 1 et 3 de l’Eurocode 7 (en plus de l’approche 2 déjà intégrée à la version actuelle), analyse de la stabilité du massif d’ancrage (Kranz) étendue aux projets de double-rideaux, vérification automatique de la stabilité du fond de fouille par un modèle de type « renard solide ».

F. Cuira

Conception parasismique et interaction sol-structure

(parution Lettre Terrasol - Juin 2014)

Le risque sismique représente une menace contre laquelle il est impératif de prendre des dispositions permettant d’en minimiser les conséquences matérielles et humaines. Cette approche préventive passe surtout par une conception adaptée des ouvrages considérant pleinement le caractère dynamique des sollicitations sismiques.

Dans les études d’ouvrages géotechniques, la prise en compte du séisme était, jusqu’à un passé récent, principalement abordée par des modèles pseudo-statiques simplifiés permettant de se raccorder aux pratiques usuelles de dimensionnement. Aujourd’hui, l’arrivée des Eurocodes et la prise de conscience récente des enjeux liés au risque sismique font privilégier des modèles de calcul aptes à traiter d’une manière réaliste le comportement dynamique du sol en interaction avec la structure qu’il supporte. Ces modèles, qui exigent de l’ingénieur un regard neuf et éclairé, se heurtent néanmoins à un corpus géotechnique peu développé sur les aspects sismiques et qui privilégie largement les dimensionnements semi-empiriques basés sur le pressiomètre.

C’est dans ce contexte, et grâce à la formation pluridisciplinaire de son équipe, que TERRASOL a développé une pratique confirmée en conception parasismique. Celle-ci requiert une parfaite maîtrise des effets d’interaction sol-structure allant bien au-delà de la simplification radicale consistant à supposer la structure parfaitement encastrée à sa base, une simplification dont les résultats peuvent s’avérer parfois exagérément irréalistes. En pratique, cette interaction peut être analysée en représentant la réponse du sol par des fonctions d’impédances dynamiques (exprimant la raideur et l’amortissement du sol selon le contenu fréquentiel propre de la sollicitation) et en considérant, en toute rigueur, le mouvement sismique affecté par la présence de la structure (interaction cinématique). Ce type d’analyse, qui peut être conduit facilement à l’aide d’un modèle de type SASSI, est régulièrement mis en oeuvre pour la conception parasismique d’installations industrielles existantes ou nouvelles, notamment pour le compte d’EDF et AREVA.

F. Cuira et B. Simon

Classification thermique des sols

(parution Lettre Terrasol - Décembre 2013)

La prise en compte des caractéristiques thermiques des sols dans les projets d’échangeurs géothermiques, d’enfouissement de câbles électriques, ou de chaussées et conduites d’hydrocarbures soumises aux cycles de gel/dégel, représente un enjeu important.TERRASOL en partenariat avec le BRGM et l’université Paris VI a mené une étude pour RTE visant à développer une méthodologie pratique de détermination de la conductivité thermique ds sols basée sur la classification des terrassements routiers dite GTR (NF P11-300).

Cette méthode prend en compte l’état de saturation du massif en s’appuyant sur la détermination des courbes granulométriques synthétiques des différentes classes à partir des points singuliers définis dans la GTR. Une seconde étape permet de définir la relation entre la distribution granulométrique et la teneur en eau caractéristique pour les sols par un modèle empirique simple. Finalement, la conductivité thermique est estimée d’après différents modèles de la bibliographie. Les prédictions obtenues par ces différentes méthodes de détermination de la conductivité thermique ont été comparées avec succès à plusieurs jeux de données couvrant l’ensemble des classes de sol. Cet outil a pu être utilisé pour étudier, avec le module Thermo-Hydro-Mécanique récemment introduit dans Plaxis2D, les flux de chaleur autour de certains ouvrages de référence (un exemple ci-contre, autour d’une tranchée d’enfouissement de câbles haute tension).

P. Reiffsteck

Développements scientifiques récents dans le logiciel Foxta

(parution Lettre Terrasol - Décembre 2013)

L’année 2013 a été marquée pour TERRASOL par une activité scientifique soutenue qui s’est concrétisée par des évolutions notables des moteurs de calcul de plusieurs de nos logiciels, en particulier du logiciel Foxta :

  • Le programme Groupie+ bénéficie désormais d’une nouvelle formulation mathématique traitant simultanément et dans un seul système l’équilibre 3D de l’ensemble « fondation + pieux + sol environnant » : cette formulation intègre directement les non-linéarités liées au comportement du sol et permet ainsi de s’affranchir de la complexité de la procédure actuelle qui nécessite des allers/retours entre les trois modules Taspie, Piecoef et Groupie.
  • Le programme Taspie++ généralise le modèle de cellule élémentaire en intégrant le cisaillement susceptible de se développer en périphérie de la cellule : cela permet d’aborder le cas d’un nombre fini d’inclusions, d’une file d’inclusions, et plus généralement les effets de bord en périphérie de la zone renforcée (la méthode développée a fait par ailleurs l’objet d’une présentation orale au congrès de Paris 2013).
  • Un retraitement de la formulation initiale du programme Tasplaq rend désormais possible la prise en compte d’un multicouche non horizontal avec un pendage défini par couche et par direction. Ces développements, déjà mis à la disposition de nos ingénieurs en interne, seront intégrés à la prochaine version commerciale de Foxta.

F. Cuira

Incertitudes et analyse de risques en géotechnique

(parution Lettre Terrasol - Juin 2013)

La prise en compte des incertitudes est une préoccupation constante en géotechnique. Tous les acteurs de la profession cherchent à réduire ces incertitudes et leurs effets, en proposant par exemple des actions :

  • Visant à réduire les incertitudes sur les données géotechniques, et à mieux anticiper les moyens pour réagir face à ces incertitudes. On peut citer par exemple deux actions «normatives» récentes : l’édition de la recommandation GT32 de l’AFTES sur la caractérisation des incertitudes et des risques géologiques, hydrogéologiques et géotechniques, et la mise à jour en cours de la norme NF P 94-500 qui définit les missions géotechniques et les reconnaissances géotechniques minimales à effectuer dans le cadre d’un projet. Terrasol a participé aux travaux des groupes de travail dans ces 2 cas ;
  • Permettant de mieux prendre en compte ces incertitudes dans le dimensionnement des ouvrages, et c’est ce point que nous avons choisi de développer ici, en lien notamment avec les Eurocodes.

En effet, Terrasol a engagé depuis 2009 un travail de recherche et de développement axé sur les techniques d’analyse de risques et leurs applications au dimensionnement d’ouvrages géotechniques. Cela répond d’une part à une forte attente des maîtres d’ouvrage, confrontés à un patrimoine vieillissant et à un corpus technique français peu développé sur le sujet, et d’autre part à des demandes d’optimisation de la part des entreprises dans des contextes de plus en plus complexes, comme par exemple celui des concessions.

Ces techniques s’appuient sur une approche probabiliste dérivée de la théorie de la fiabilité et permettent d’exprimer le niveau de sécurité vis-à-vis d’un mécanisme de ruine donné sous la forme d’une probabilité de défaillance ou de ruine de l’ouvrage.

Ainsi, dans cette approche, les caractéristiques géotechniques sont des variables aléatoires, munies d’une loi de probabilité avec une moyenne et un écart type. Par rapport à un dimensionnement classique par approche déterministe ou semi-probabiliste, la mise en oeuvre des techniques fiabilistes permet soit de sécuriser un ouvrage quand les paramètres géotechniques présentent une dispersion significative, soit d’optimiser le dimensionnement quand cette dispersion est en revanche limitée.

Ce travail s’est conclu par la mise au point d’un outil d’analyse des risques basé sur la méthode approchée « Response Surface Method » (RSM) qui s’est révélée efficace dans ses applications aux ouvrages géotechniques. Cet outil sera intégré progressivement aux logiciels de calcul de Terrasol sous la forme d’un assistant de « dimensionnement fiabiliste » permettant l’évaluation de la probabilité de dépassement d’un état limite prédéfini par l’utilisateur (portance, glissement, tassement, butée…). Les probabilités ainsi obtenues sont à comparer aux valeurs de probabilité cible définies par l’Eurocode 0 pour les états limites ultimes ou de service. La méthode qui a été développée a également vocation à éclairer l’application des Eurocodes lorsque des méthodes numériques comme celle des éléments finis ou des différences finies sont utilisées pour le dimensionnement des ouvrages.

F. Cuira & B. Simon

Modélisation aux éléments finis en 3D des ouvrages géotechniques

(parution Lettre Terrasol - Juin 2013)

Les grands projets nécessitent de plus en plus souvent des modélisations en déformation complexes et aptes à appréhender l’interaction sol - structure. Depuis quelques années, TERRASOL a conduit des modélisations aux éléments finis en 3D pour des ouvrages aussi variés que des soutènements (tour Odéon à Monaco), des fondations de bâtiments complexes (Fondation Louis Vuitton pour la Création, Tribunal de Grande Instance de Paris), des travaux souterrains (prolongement de la ligne 14 du métro parisien), des fondations d’ouvrages d’art (3ème pont sur le Bosphore), etc.

Citons deux exemples récents :

  • Pour le nouveau Tribunal de Grande Instance de Paris aux Batignolles, bâtiment d’une hauteur de 160 m (ci-contre), l’objectif de la modélisation 3D était la compréhension du fonctionnement des fondations profondes des trois noyaux de l’ouvrage et de leur interaction avec la géologie complexe du sous-sol parisien. Ce modèle a permis d’affiner l’estimation des tassements et du transfert des charges en fondation mixte.
  • Pour la chambre de démontage du tunnelier de la ligne 14, creusée en souterrain au droit de bâtiments anciens du 8ème arrondissement parisien, il s’agissait de montrer que la forme ramassée de l’ouvrage et les méthodes de réalisation retenues contribuent à la maîtrise des tassements.

Ces nombreux cas ont permis de conforter notre savoir-faire, de préciser les limites de ces modélisations, et par là même, d’être en mesure de proposer des approches adaptées aux objectifs recherchés, en fonction du stade d’avancement des études.

A. Beaussier, JP Janin et P. Reiffsteck

Géotechnique et réhabilitation d'ouvrages

(parution Lettre Terrasol - Décembre 2012)

Les projets de réhabilitation des constructions, bâtiments ou ouvrages d’art, intègrent une composante géotechnique qui doit chercher à répondre à la fois aux impératifs techniques et aux enjeux du Développement Durable. On doit en effet viser une réutilisation maximale des fondations existantes pour limiter les travaux de démolition et de reconstruction, et minimiser la consommation de matériaux neufs. TERRASOL est actuellement engagée sur ces sujets à la fois :

  • dans un projet de recherche intitulé Rufex (RéUtilisation de Fondations EXistantes) dans le cadre du pôle de compétitivité Advancity, visant à développer l’utilisation du Sol Mixing avec outil rétractable (Procédé Solétanche- Bachy) pour le renforcement de plateformes ferroviaires sans dépose de la voie, et de fondations existantes de bâtiments ;
  • et dans divers projet de réhabilitation de bâtiments en région Parisienne : les anciens entrepôts Calberson, situés Boulevard Mac Donald (pour en faire bureaux et logements), la réhabilitation du secteur Est du campus de Jussieu, et un ancien centre de tri postal à Pantin réaménagé en Data Center.

Dans de tels contextes, les problématiques géotechniques apparaissent nouvelles par rapport à un projet neuf, et conduisent à développer des méthodologies d’étude qui diffèrent largement de celles des projets neufs :

  • pour réutiliser les fondations existantes, il faut bien les connaître, et donc, alors que les plans de récolement des constructions ne sont pas toujours disponibles, mettre en oeuvre des moyens d’investigation et de contrôle de la géométrie des fondations existantes, de la qualité du béton, etc ;
  • dans les cas où la réhabilitation conduit à une augmentation des charges, il faut soit renforcer les fondations existantes soit en créer de nouvelles, ce qui soulève des questions de redistribution des charges, intégrant toutes les phases de construction, depuis la démolition jusqu’à la reconstruction. Les modélisations sont souvent complexes et doivent intégrer tout cet historique de chargement ;
  • et même lorsqu’il n’y a pas de modification significative des charges, l’application des règlements actuels pourrait paradoxalement conduire à renforcer des fondations qui se sont très bien comportées pendant des décennies, au motif qu’elles ne seraient plus règlementaires ?
  • enfin, que l’on soit amené à renforcer les fondations existantes ou à en créer de nouvelles, les espaces souvent restreints contraignent à choisir des techniques d’exécution singulières et innovantes, et le tout en minimisant les démolitions sur l’existant.

Nous avons notamment appliqué cette méthodologie à la réhabilitation des entrepôts Calberson, dont la structure avait été conçue à l’origine pour reprendre des charges plus élevées que celles de l’ouvrage futur. Mais les fondations avaient été dimensionnées « au plus juste », et la découverte d’une couche anomalique sous la base des pieux a conduit à renforcer par Jet grouting les fondations existantes en pointe des pieux, leur permettant ainsi de travailler à un niveau optimal. La création de fondations nouvelles sur micropieux fut ensuite la deuxième étape significative du projet. A ce stade, une étude de l’interaction entre ces fondations nouvelles, dites « souples », et les pieux existants plus raides, a été menée pour évaluer au mieux les transferts de charges. Enfin, afin de vérifier le bon comportement de l’ouvrage, mêlant structures nouvelle et ancienne, il a été décidé d’instrumenter et de suivre le comportement du bâtiment dans le temps selon les principes de la méthode observationnelle.

Les projets de réhabilitation s’inscrivent ainsi dans une volonté de concevoir les bâtiments du futur en y intégrant une composante du passé. Et ces projets nous obligent à repenser et revisiter notre savoir-faire en matière d’ingénierie.

A. Guilloux

Logiciel Foxta v3 - Flambement

(parution Lettre Terrasol - Juin 2012)

Un calcul de flambement « direct » a été intégré au module Piecoef+ du logiciel Foxta v3. Il s’est révélé efficace dans de nombreuses études de fondations sur inclusions souples ou micropieux, verticaux ou inclinés, où la problématique du flambement devait être abordée.
La méthode utilisée s’appuie sur la formulation matricielle utilisée dans Piecoef+ et s’affranchit de la limitation des approches analytiques usuelles en fournissant une estimation directe de la charge critique de flambement pour des configurations complexes. Elle permet également d’évaluer les effets de second ordre dans le cas d’un défaut de forme ou d’un chargement latéral concomitant à une charge axiale.

F. Cuira

Contribution de Terrasol au projet de recherche ASIRI

(parution Lettre Terrasol - Décembre 2011)

L’année 2011 a marqué l’aboutissement du Projet national ASIRI consacré au renforcement des sols par inclusions rigides entamé en 2005 après diverses études exploratoires menées dès 1999 avec le soutien de l’IREX et du RGCU. Cela fait donc plus de 11 années que TERRASOL s’est investi dans ce projet coopératif de recherche, dont Bruno Simon a assuré la coordination et la direction technique depuis l’origine.

L’engagement de chacun des 41 partenaires du projet a permis de mener ce projet dans le respect du budget initial (2,4 M€) et en remplissant les objectifs assignés : mieux comprendre les mécanismes de fonctionnement et élaborer des Recommandations pour la conception, l’exécution et le contrôle de ces travaux. L’ouvrage de 360 pages publié fin 2011 par les Presses des Ponts est le fruit de ce travail. Les journées de présentation de ces Recommandations, organisées à Lyon, Paris, Toulouse et Nantes au cours du dernier trimestre, ont souligné l’intérêt porté à ce projet par le monde de la construction en réunissant au total plus de 400 personnes.

L’investissement de TERRASOL dans ce projet a été conséquent puisqu’il représente plus d’une année de temps plein ingénieur depuis 2005. Outre la direction scientifique du projet et la coordination des actions expérimentales et numériques, de nombreuses études ont été engagées en propre pour évaluer les données des chantiers d’essai, participer aux concours de prévision (« benchmark »), élaborer et évaluer de nouvelles méthodes de calcul adaptées à ces ouvrages. Une part de ce travail a nourri l’évolution des modules de calcul Taspie+ et Piecoef+ du logiciel Foxta. Plusieurs articles ont également été rédigés pour présenter des méthodes simplifiées mais efficaces comme par exemple pour le calcul des semelles sur inclusions rigides.

Ce projet illustre de manière exemplaire l’intérêt des projets nationaux pour la recherche en génie civil en général, et en géotechnique tout particulièrement. Le domaine des fondations demeure un champ largement ouvert à l’innovation lorsqu’il peut s’appuyer sur des expérimentations et des acteurs aux compétences complémentaires.

B. Simon